Etienne Pottier

Né le 26 mars 1983

Vit et travaille à Paris

 

 

2017 

«Arcanæ Manifestia», exposition personnelle à la galerie Saint Séverin
«Petits Formats», exposition collective à la galerie du Haut Pavé, Paris
«Atlas», exposition collective, galerie Arondit, Paris
«Images Futur», exposition collective, Espace Durand-Dessert, Paris
«Relève», exposition collective, Crédit Municipal de Paris

2016

«Premier Regard fête ses 15 ans», exposition collective, Galerie Premier Regard, Paris
«Artistes en résidence», exposition collective, Galerie Le Calvé Leymarie, Bordeaux
«Les Iconoclasses XVIII», exposition collective, Galerie Duchamp, Normandie
«De rendez-vous en rendez-vous», exposition collective, Galerie Haut Pavé, Paris
«Luxor», exposition personnelle, Galerie Premier Regard, Paris
«Petits Formats», exposition collective à la galerie du Haut Pavé, Paris
«Babel», exposition collective avec Pauline Sarrus, Galerie des Beaux-Arts, Paris
«Cachet de la poste faisant foi», exposition collective à la Villa Mallet-Stevens, Paris

 
2015

«Etienne Pottier à l’Amour», galerie l’Amour, Porte de Bagnolet
«Les Barreaux» dans l’espace Le Chassis, Paris
exposition collective à la galerie du Haut Pavé, Paris
«La vérité est ailleurs», exposition collective à la Maison des Ensembles avec Le Chassis, Paris
exposition personnelle à la galerie Olivier Nouvellet, Paris

2014

«Age d’Or», exposition personnelle à la galerie du Haut Pavé, Paris

2013

«They Live», exposition personnelle à Urban Spree, Berlin
«C’est la Vie» à la Cité Internationale des Arts Paris, exposition collective
avec Pierre Seinturier, Paris

2012

«ILS VIVENT», édité chez Ion

2011

«Les Murs Tremblent», édité chez Ion
exposition collective des félicités à l’ENSAD

2010

«Jamais en dessous de 130», édité chez Warum

 

Formation et résidences

2016
Résidence les Iconoclasses, Normandie

2013
Cité internationale des Arts, Paris
 
2009
Diplômé de l’ENSAD

 

 

 

Arcanæ manifestia, Etienne Pottier à la galerie Saint-Séverin


C’est avec Arcanæ manifestia, travail d’Etienne Pottier qui a eu droit à sa première
exposition personnelle They Live à Berlin en 2013 pour ses trente ans que s’achève le cycle
d’expositions conçu par Yves Sabourin (ministère de la Culture et de la Communication)
pour la Galerie Saint-Séverin. L’artiste qui pratique aussi bien le dessin, la peinture et la
gravure présente une installation toute en céramique qui questionne la violence du sacré
autant qu’elle révèle son auteur.
Derrière un épais tapis d’ossements blancs, la silhouette brillante aux reflets chromés brun
d’un homme ou esprit se dessine sur le mur du fond de la vitrine. Venant d’une contrée
lointaine, à la fois familier et singulier, il nous adresse un geste amical de la main. Coiffé de
rouge, un masque noir couvert d'écailles cache son visage. Des colliers de délicates fleurs
blanches, d'os, de perles plates pendent à son cou. Une tête de crocodile vert et une tête de
chien rouge tombent sur son buste. Volontairement décalé ce signe païen face à l'église
interroge.
« Arcanæ manifestia est une œuvre instinctive dont le titre est venu comme une fulgurance à
l’écoute d’un titre d'un groupe de métal », raconte Etienne Pottier qui n'est pas un plasticien
engagé. A l’instar de J.M.G. Le Clézio qui explique « j'écris pour essayer de savoir qui je
suis », lui crée pour savoir ce qu'il pense. Après des tâtonnements, celui qui s’est vu auteur
de B.D., puis photographe, plasticien parlant de musique ou motard invétéré, s’affranchit de
ses projections. Plus libre qu’à ses débuts il se compare maintenant à « une éponge » et
découvre avec joie que «  cela est comme un rhizome, cela a un sens ».
Pour cette installation « un peu païenne car la religion s’est faite avec ça », Etienne Pottier
imagine un homme dans son rapport à la nature. Il pense au dieu du soleil, à Charon sur sa
barque mais aussi aux silhouettes marquées dans le béton d'Hiroshima. Puis au bout de ses
doigts il laisse advenir des colliers en terre, « le moyen le plus simple pour lui de créer des
objets », et voit que tout est lié. Si la poésie dans la sacralité et la pensée magique l'ont
toujours attiré, c'est le côté armure qui émerge dans sa recherche et qu’il traduit en costume
pour l'Apocalypse. « Comment ne pas y penser ? dit le jeune parisien marqué par les images
de Dürer et de Gustave Doré, l’horreur du 13 novembre 2015 et les soldats de Daech. Cela
bouscule ! ». Même s’il tente ici de faire une œuvre « moins agressive » qu’à l’accoutumée,
créer demeure encore pour lui un exutoire cathartique à la violence comme la musique qui
l’accompagne en permanence dans son atelier. Travaillant vite même si la céramique peut
demander du temps, il accepte la casse à la cuisson. Cela fait partie de la surprise comme
l’émail qui « magnifie l’objet » lors du passage au four, la presse qui révèle la gravure ou le
bain du tirage photo argentique. Etienne Pottier qui a chevauché sa moto jusqu’à la
naissance de sa fille, provoque et accueille l’accident trace du vivant dans son art. A la
recherche de la sensation, l’art trop intellectuel et sans émotion l’ennuie, il aime avoir « les
mains dedans » et aujourd’hui bien qu’il ne se reconnaisse pas comme un céramiste, vit
dans ses créations et paradoxalement « a envie de se débarrasser de tout ce qu'il fait ».
Le but de son œuvre serait de sortir d’une systématique très sombre. « La vie est subtile, dit-
il, je n'ai pas envie de capter qu'une vibration dans mon travail ». Cette agressivité ne
cacherait-elle pas une certaine pudeur ?

Martine Sautory
Décembre 2017

 

 

 

Lorsque Étienne Pottier est entré dans mon atelier de céramique,
c’est tout d’abord amusé que je le regardais mettre en forme ses visions.
Puis très vite je compris que l’incroyable énergie qu’il mettait en oeuvre, cette urgence absolue de créer,
n’était pas la matérialisation d’une élucubration prophétique, c’était une réponse pragmatique
et sensible au monde qui nous entoure.
Les gravures apocalyptiques d’ Étienne ne sont pas des évocations d’un futur possible,
Elles sont notre pain quotidien et l’urgence n’est pas de nous y préparer
mais de produire au plus vite les oeuvres qui nous en protège et nous permettent de résister.
Armures, Armes, Icônes et Reliques mystiques composent l’arsenal de l’artiste
qui a probablement choisi de le constituer en terre cuite pour faire armes égales dans
ce combat contre notre monde incendié par nos conflits.
Dans l’oeuvre d’Étienne il n’est d’ailleurs pas question de victoire ;
seul compte le glorieux combat héroïque.
Et dans ce domaine Étienne Pottier fait autant preuve de grâce, d’intelligence
et de maîtrise dans son travail, qu’il est capable de se fêler une côte pour réaliser
une vidéo virile et héroïque bien sur.
 
Marc Vander-Stucken
 
 
 
 
 

— texte de Stéphanie Molinard, 2014

Initialement formé au graphisme et à l’illustration à l’Ecole Nationale Supérieure des Arts Décoratifs (2009), Etienne Pottier a publié un album Jamais en dessous de 130 en 2010 avant d’étendre le champ de ses recherches plastiques. Parallèlement à la gravure, qu’il pratique intensément depuis 2010, l’artiste a initié récemment une série de grands dessins à l’encre de Chine, montrés pour la première fois dans cette exposition.

Qu’il s’agisse de gravures, de dessins à l’encre ou au fusain, ou de peintures, les couleurs sont rares dans le travail d’Etienne Pottier. Le noir et le blanc accompagnent toujours une recherche graphique exigeante, qui progresse autour de motifs récurrents et entrecroisés.

Pottier puise une partie de ces motifs dans les divers milieux marginaux qu’il a fréquentés et qui font sa singularité dans le monde de l’art contemporain. S’il ne parle pas bien le « germanopratin », il sait en revanche mixer dans une free-party, naviguer le milieu punk, aussi bien que celui des motards, étant l’un des leurs.
Son œuvre n’en est pas moins nourrie de références à l’histoire de l’art, d’Albrecht Dürer à Damien Deroubaix ou Peter Doig, en passant par Eugene Smith. Il affectionne par exemple les « vanités », thème classique de l’histoire de l’art depuis le 17e siècle, ces natures mortes dans lesquelles les éléments doivent rappeler au regardeur, de manière allégorique, le caractère transitoire de sa vie terrestre, et l’inciter à se tourner vers Dieu pour le salut de son âme. Mais le thème n’a chez Etienne Pottier pas de portée religieuse. Dans un monde sans Dieu, crânes et squelettes ne font que rappeler la fragilité de l’homme.
La vulnérabilité est une thématique centrale chez Pottier. Souvent, elle affleure là où on ne l’attend pas : les chiens (compagnons de galère des marginaux, des « punks à chien ») sont musclés et puissants, mais semblent pourtant inoffensifs, avec leur langue pendante et leur regard tendre. Les quatre gueules bienveillantes de son Cerbère contemporain n’inquiètent guère. De même, l’homme cynéphale, qui dépose sa tête en offrande, semble bien apaisé. Malgré le thème, il n’y a dans l’image ni violence, ni souffrance, ni provocation, mais l’évocation d’un rituel mystérieux et intemporel.

On décèle chez l’artiste une aspiration à traiter les sujets prosaïques d’une manière spirituelle, à conférer à des thèmes quotidiens une dimension presque sacrée. C’est en particulier perceptible dans la manière dont il aborde l’iconographie de la moto. Dans ses gravures, les casques de moto sont comme auréolés et mis en équivalence avec des heaumes de chevaliers ou des casques gaulois. « Le pouvoir et la gloire » sont les trophées convoités par ces nouveaux « héros » contemporains que sont les motards, en quête d’une expérience unique : dominer sa peur, braver le danger et la mort. Les références au monde des motards est toutefois allusive, et presque cryptée. Seuls les initiés connaissent le « prince noir », motard anonyme qui a parcouru les 35 km du périphérique en 11 minutes (Acte de foi), ou savent que les acronymes SRAD ou CBR inscrits en frontispice de certaines gravures, renvoient à des engins mythiques, extrêmement puissants.

Comme tous ceux de sa génération, Etienne Pottier pratique le sampling : il puise son inspiration sur internet où un mot-clé mène à un autre et peut vous embarquer vers des images inattendues. Mais ces images-sources s’enrichissent de la connaissance qu’a l’artiste de l’histoire de l’art : le « prince noir » devient ainsi la figure d’un retable, revisité par une esthétique « black metal ».

Sa dernière composition Vaneah (dont le titre vient de « Heaven » à l’envers) ouvre son travail vers de nouvelles perspectives artistiques. Dans ce vaste paysage, les entrelacs végétaux, les volutes de fumée, les musculatures semblent l’occasion pour l’artiste de laisser libre cours au plaisir du geste pictural, qui l’emmène toujours plus loin dans de nouveaux territoires oniriques. Est-ce l’Age d’or ?

.

.

— interview dans le magazine berlinois Lodown par Justine Chassé-Dumont, 2014


La moto se trouve un peu partout dans l’ensemble de votre œuvre. Qu’est-ce que ce sport représente pour vous?
Mes deux frères sont motards et je le suis depuis maintenant 3 ans (mais mon petit frère vient tout juste de perdre son permis la semaine dernière pour excès de vitesse….). Je ne vois pas vraiment ça comme un sport, plutôt comme une pratique en réaction à certaines pensées sécuritaires de notre époque. C’est absurde d’être motard, il n’y a rien de plus vulnérable que d’être assis sur 150 kg à plus de 200km/h. C’est clair qu’il vaut mieux manger 5 fruits et légumes par jour et éviter de fumer. Pourtant cela fait partie des choses qui définissent l’humanité, cette folie qui peut rendre la vie à la fois passionnante et tragique. Mais je reste conscient que la tragédie cesse d’être belle et poétique le jour où elle vous tombe dessus.

Êtes vous un peu frustré de voir à quel point de nos jours la moto est rendue un accessoire beaucoup plus qu’une passion pour certaines personnes?
Non pas vraiment, et puis il y a toujours une bonne partie des motards qui se saluent sur la route lorsqu’ils se croisent donc l’essentiel est sauf.

Pourquoi n’avoir jamais fait de la moto si cela vous passionne tant?
J’avais peur de passer le permis, de me vautrer en deux-roues. A chaque fois que je parle de moto il y a toujours quelqu’un pour me dire qu’il connait untel qui s’est soit tué en moto soit grièvement blessé. J’aurais préféré me passionner pour autre chose, comme la fabrication des cup-cakes par exemple, mais je pense que cela m’aurait moins inspiré dans mes dessins (mais au moins on ne me dirait pas constamment: “je connais quelqu’un qui s’est tué en mangeant un cup-cake”).

Qu’est-ce que les motards pensent de vos œuvres? Est-ce qu’ils s’y retrouvent?
A vrai dire je sais pas trop. Et en fait je cherche pas à m’adresser spécifiquement aux motards ni à me réduire qu’à ce sujet. C’est une source d’inspiration très riche mais il y en a d’autres. J’essaye en tant qu’artiste de partir de quelque chose de très personnel pour en tirer quelque chose de plus universel.
 

Comment avez-vous eu l’idée de cette nouvelle exposition, l’âge d’or? Quelle était l’inspiration principale ?
L’âge d’or représente le mythe du bien-être et de prospérité. C’est un titre ambiguë par rapport à l’époque confuse dans laquelle nous vivons (en même temps y a-t-il déjà eu une époque qui n’ait pas été confuse?). C’est aussi assez paradoxal par rapport à mon travail qui je dois le reconnaitre n’est pas vraiment teinté de joie, de rires et de petits lapins. Après il ne faut pas croire que je soit le genre d’artiste déprimé et pessimiste, bien au contraire. Mais je ne pense pas qu’il y ait une inspiration dominante pour cette exposition, un sujet en particulier. C’est juste le résultat de mon travail à un moment donné, qui évoluera selon mes goûts, mes aspirations et la direction que prendra ma vie.

Quel procédé utilisez-vous afin de faire vos toiles?
J’avais mis au point un procédé de gravure qui me permettait de faire des très grands formats de plus de 6m en imprimant sur du tissu à l’époque où je travaillais encore dans une chambre de bonne de 4m² et sur une petite presse. Maintenant c’est plutôt “back to basics”: du papier, des crayons, des pinceaux et voilà. J’aime bien cette simplicité, ça n’a pas beaucoup évolué depuis les grottes de Lascaux en fait…

On retrouve souvent dans vos dernières pièces des casques de chevalier aux cotés de casques de motard. Quel lien faites-vous entre les deux?
J’ai toujours vu l’image du motard comme celui d’un chevalier moderne. Mais à défaut de quêtes pour terrasser le dragon ou sauver la princesse, on court après des chronos ou des records de vitesse. C’est peut-être une vision un peu désenchantée…
Mais aussi je trouve que ça a de la gueule un motard sur sa moto avec le casque et le cuir. Je me prends pour un bonhomme sur ma moto toute noire à un feu rouge, près à griller tout ce qui roule, alors qu’à l’école j’étais l’élève chétif que l’on choisissait en dernier dans son équipe de foot.

La mort est un thème récurrent chez vous. Quelle est votre relation avec celle-ci?
La même que pour tout le monde. Il y a des sujets qui passionne l’humanité depuis toujours et l’idée de disparaitre un jour en fait partie. Alors soit on croit qu’il y a quelque chose après, ou bien on accepte que tout s’arrêtera à un moment donné et on essaye de vivre au mieux sa vie. Mais bon là c’est l’idéaliste qui parle parce que dans la pratique… En tout cas j’aurai beaucoup plus de mal à traiter d’autres sujets comme l’amour ou la politique, même si ce sont deux choses essentielles dans ma vie.

Est-ce qu’elle vous inspire? Si oui, qu’est-ce qui vous inspire chez elle?
J’ai toujours été attiré par les milieux qui ont un rapport intime avec ces notions de mort, d’auto-destruction mais aussi de révolte. Le punk, les raves-party, le métal… Donc je puise naturellement une grande part de mon inspiration là-dedans. En vieillissant je me suis un peu calmé, mais je peux très bien écouter du black-métal en dessinant pour passer ensuite à de la folk mielleuse.

La gloire est aussi très présente. Pourquoi?
Comme tout artiste c’est quelque chose que je souhaite honteusement même si dans le fond je sais que ça ne me rendra pas plus heureux. Je suis assez fasciné par toutes ces stars, ces peoples et ce sentiment d’attirance et de répulsion à leur égard. On se cherche des idoles, voire même on rêve d’en devenir une, mais la réalité finit toujours pas nous décevoir.  Le mot gloria revient aussi souvent en échos avec son sens religieux. J’ai eu une éducation catholique, j’allais à la messe et au catéchisme, mais je ne retiens pas grand chose de cela, j’étais toujours assis au fond en train de rêvasser (comme à l’école d’ailleurs). Cela doit être des résidus de cette éducation qui me reviennent malgré tout et que je m’approprie pour parler d’autre chose que de dieu, pour parler des choses qui m’animent.

Quel lien faites-vous entre la gloire et la mort?
J’ai fait un retable en bois qui s’appelle “le pouvoir et la gloire” et c’est tiré d’un documentaire sur une course de moto mythique qui a lieu chaque année sur l’île de Man en Angleterre. Les mecs roulent à 300 sur des routes fermées à la circulation pour l’occasion, donc ce n’est pas des bottes de pailles sur les côtés qui les attendent s’ils tombent, mais des arbres, des murs ou des maisons. Résultat chaque année en moyenne deux pilotes se tuent et depuis environ 1 siècle que la course existe, plus de 200 pilotes y ont trouvé la mort. Dans le documentaire un des pilotes dit à propos de la dernière course, que de la gagner représente “le pouvoir et la gloire”.
En fait je suis assez impressionné par ces mecs qui risquent leur vie, même pas pour le fric, parce que les prix sont dérisoires dans ce sport, ni réellement pour la gloire, parce qu’ils ne seront jamais aussi connus qu’un joueur de foot… Cela n’a pas de sens et en même temps je trouve ça beau et triste. 
La sacralisation qui accompagne la mort peut m’inspirer je crois, plus que la mort elle-même, cette capacité de sublimation qu’a l’homme en face de sa disparition et de celle des autres.

Pouvez vous nous parler un peu du chien diabolique représenté un peu partout dans vos œuvres? Est-ce une référence à Cerbère ou simplement un clin d’œil aux chiens que possèdent les motards?
J’imagine que cela vient inconsciemment du milieu de la free-party auquel j’ai appartenu. Beaucoup de mes potes possèdent des gros molosses mais attention rien à voir avec les punks à chiens. On partait en camion avec notre sono de 15 000 watts pour faire danser les gens il n’y a pas si longtemps que ça, mais on s’est fait saisir notre matériel par les gendarmes il y a plus d’un an et on attend notre énième jugement. Je pense que toutes les expériences que l’on a vécues dans ce milieu auront influencé mon travail, d’une manière ou d’une autre.
En tout cas le chien est devenu une sorte d’animal symbolique à la fois bien-veillant et effrayant. Il peut être le meilleur ami de l’homme autant que la bête terrifiante qui essaye de vous mordre.

C’est votre première exposition solo. Comment vous sentez vous par rapport ça?
Première expo solo à paris en fait. Ma première en solo était à Berlin à Urban Spree l’année dernière à la même période. C’est d’ailleurs marrant de voir que j’ai commencé à Berlin alors que je n’y avait jamais mis les pieds et qu’en plus on me laissait 400 m² pour moi tout seul. A Paris c’est inimaginable. Sinon j’ai hâte d’y être et j’espère que ça va marcher parce que j’aimerais bien m’acheter une moto plus puissante…

Vous m’avez précisé au téléphone que vous aviez tendance à ne plus aimer vos œuvres antécédentes. Pourquoi?
J’imagine que ça fait partie du processus de création. Quand un dessin est terminé je peux en être satisfait pendant quelques-jours et quand je le regarde un peu plus tard je ne vois plus que les défauts. Mais c’est une sorte de moteur pour un artiste cette insatisfaction presque permanente, et c’est ce qui permet d’avancer et d’évoluer. Sinon on fait toujours la même chose et on devient une marque.
Même si je cache pas que des fois c’est franchement déprimant quand on a l’impression de ne faire que de la merde et que l’on voudrait tout arrêter pour trouver un job tranquille sans remises en questions (je sais pas si ça existe).

Vous avez gradué de l’École Nationale Supérieure des Arts Décoratifs en 2009. Trouvez-vous que cette formation académique vous a aidé en tant qu’artiste? Si oui, en quoi?
Les arts décos de Paris c’était un peu une forteresse à conquérir mais quand tu y es enfin rentré, c’est finalement un peu décevant. La plupart des profs sont pas pédagos et puis t’as pas le droit de mettre une punaise sur un mur sans avoir demandé l’autorisation à l’administration au préalable. ça passe si tu es graphiste et que tu travailles sur un mac mais si tu veux faire des grands formats à l’encre de chine ça se complique. Mais bon j’y ai quand même découvert la gravure et la photo et j’ai rencontré l’artiste Iris Levasseur qui y enseigne et qui m’a beaucoup aidé pour aller dans la bonne direction. Et surtout j’ai rencontré ma femme donc oui en fait c’était plutôt bien les arts décos.


 Vous avez déjà mentionné dans une entrevue précédente que votre deuxième    passion était la couture. Avez-vous de futur projet en lien avec la couture?
J’ai dit ça pour rire alors, mais c’est parce que je faisais beaucoup de gravure sur tissu l’année dernière… donc la couture était essentielle pour l’assemblage. En plus j’utilisais une vieille machine à coudre qui appartient à ma grand-mère, une machine des années 60 qui marche encore où la notice s’adressait aux femmes au foyer.
Pour l’instant je mets un peu la couture de côté et j’aimerais bien faire de la vidéo en parallèle du dessin. L’avantage d’être artiste à notre époque c’est que l’on peut toucher à tout, pour le pire comme pour le meilleur.